Review 'Lunar Clock II' by Koid9 (France)

2026 April, May June – Koid9, No. 134 – by Renaud Oualid

Dans le numero 116 (Juillet/Août/Septembre 2021) de votre magazine préféré, (décidément toujours) j’avais chronique The Scream Of Nature, disque inspiré des
travaux du peintre norvégien Edvard Munch, mondialement connu pour son tableau Le Cri.

Ce premier opus de Lunar Clock, projet monté en 2014 par le néerlandais Robin Boer était très réussi ! L’équipe qui nous propose ce numéro //, enregistré à Haarlem (Pays-Bas) entre septembre 2024 et janvier 2025, a quelque peu changé, puisqu’il ne reste plus que 3 musiciens (sur 4) : Robin Boer (claviers, chant) et Karsten van Straten (batterie, percussions, effets, claviers, chœurs), épaulés par le nouveau venu Achille Regazzoni (basse, claviers, FX, guitare douze cordes).

Cette nouvelle œuvre se déploie comme une constellation de huit morceaux vastes et autonomes, méticuleusement séquences pour guider l’auditeur dans une dimension sonore profonde. L’album est un voyage à travers les paysages de l’intérieur et de l’extérieur. Il explore courageusement le fossé entre observation et interprétation, la danse de la dualité, et le chemin solitaire vers la transformation et le but. Musicalement, l’album est une évolution profonde et organique du son signature du groupe, tissant obscurité et lumière dans une tapisserie complexe et fluide. Les auditeurs familiers avec leur premier album découvriront des echos conceptuels subtils, offrant une écoute attentive et immersive.

Au lieu d’un concept linéaire, l’album explore des courants philosophiques récurrents à travers sa musique : ainsi le court morceau qui ouvre l’album, “Night Owl (announcement)” (2:33), commence-t-il par une « annonce », posant une question de perspective, et se termine par une « conclusion » (“Night Owl (conclusion)” 7:32), où un désalignement conduit à des résultats plus sombres. « L’oiseau de nuit » sert donc de vaisseau neutre de sagesse, observant les vérités que l’œil humain biaisé manque si souvent. Musicalement, pour la première partie, on est sur du soft, instruments calmes (harpe, claviers étranges, percussions bizarres) avec une voix chaude et reposante qui me rappelle un peu celle de Gordon Haskell dans “Cadence & Cascade” de King Crimson. La seconde partie (quasi instrumentale si ce n’est la reprise des paroles de la 1ª partie) est nettement plus étrange encore : claviers sortis de nulle part avec des soli jazz-rock, rythmique asymétrique, digressions jazzy, on est quelquefois pas loin du RIO ! Bref, l’originalité de cette musique est frappante ! “Sateria” (9:01) et “Where The Birds Hide” (9:51) partagent la même thématique, celle de l’harmonie des opposés. L’album trouve de la beauté dans de rares moments de connexion. “Where The Birds Hide” raconte l’histoire de deux oiseaux – l’un du jour, l’autre de la nuit – qui ne se rencontrent qu’au crépuscule pour partager des histoires de leurs mondes cachés. Ce thème de la paix se retrouve dans “Sateria”, hymne puissant sur la catharsis du lâcher-prise et l’acceptation profonde de ce qui est. Sur le premier, on retrouve des claviers magnifiques (quel soli central et final !), assortis d’une rythmique cool et d’un chant posé et naturellement beau, tandis que sur le second les expérimentations à tout va rappellent le Floyd des 70s et notamment Rick Wright, Nick Mason ou Roger Waters ! Oui cette musique est inventive et de pure beauté : les amoureux des claviers seront aux anges.


“Metaphors” (7:07) parle des échos de l’être : le voyage plonge dans les paysages de la mémoire. Le titre dérive entre regrets mélancoliques et souvenirs fantômes d’une « Dame de la Mer » explorant la nature immuable du passé. Là encore les mélodies des claviers (sans parler des sons inédits qu’ils en tirent) sont magnifiques ! La basse rappelle celle des meilleurs albums de Kate Bush (Del Palmer).

“Oculus Lunae / Oculus Terrae” (3:14) est le seul instrumental de l’album. La dualité en est le thème central, incarné par le contraste frappant de ce morceau. Une partie incarne le calme froid et acoustique de la lune (OculusLunae) ; l’autre, l’impulsion turbulente et puissante de la Terre (OculusTerrae). Ce sont deux entités qui s’observent mutuellement à travers une division cosmique, leurs natures trop différentes pour être comprises. Littéralement splendide!

Enfin “Life Through Corridors” (8:40) et “The Dreamer” (8:13) parlent de l’Art de l’Existence : l’album confronte la nature de la survie et de la conscience. Le premier, inspiré du texte chinois ancien Les 36 Stratagèmes, est une méditation tendue sur la stratégie et l’endurance. La voix très grave me rappelle Roland Orzabal (Tears for Fears) (ne riez pas, c’est une des plus belles voix du rock !). Le final est apocalyptique (un des meilleurs moments du disque) ! Le second explore l’espace volatile entre les états, où nos plus grandes aspirations et nos angoisses les plus profondes sont enfermées dans une danse éternelle. Encore des claviers orchestraux sublimes et des mélodies à tomber … Et quel final monumental, vraiment (Genesissien).

Signalons enfin le mixage et mastering signé de main de maitre par Bart Wagemakers. L’album est disponible en CD en deux versions distinctes, chacune comportant une pochette et un livret uniques, une de couleur noire par Anemoon van Straten et une de couleur marron par Mauro Ghiglione! Les deux versions sont vendues exclusivement via le site officiel du groupe: lunarclock.nl et lors des concerts. Une sortie numérique sur des plateformes de téléchargement, telles que Bandcamp, et divers services de streaming devrait voir le jour prochainement.

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